Texte d'une tribune parue dans Les Echos du 04/12/2008, avec leur aimable autorisation de reproduction.
Bernard Thibault n’a rien d'un pot de yoghourt et l'on ne peut pas dire que François Chérèque ressemble de près ou de loin à un paquet de lessive. Et pourtant, l'un et l'autre, ou plutôt leurs centrales respectives comme l'ensemble des autres syndicats, ont communiqué ces derniers jours sous forme d'affiches 4 mètres par 3 sur les murs de nos villes et de nos campagnes. Ils sont la preuve affichée de la schizophrénie des instances syndicales et politiques de notre vieille France : ce qui est autorisé aux uns est interdit aux autres. Au nom de la loi surannée et antidémocratique du 15 janvier 1990 (l’interdiction de l'affichage en période électorale pour les partis politiques). Absurde et rétrograde !
Notre pays encourage, avec raison, les syndicats à communiquer pour remobiliser leur électorat (ce n'est pas du luxe quand le taux de participation peine à dépasser les 30%) mais, dans le même temps, l’interdit aux partis politiques. Sont-ils définitivement destinés à rester les parias de la modernité, les censurés de la communication, les laissés pour compte de l’évolution des mœurs et des esprits ? Nous sommes ainsi le seul pays du monde à priver nos élections de publicité et priver ainsi les candidats moins connus de l’accession à la notoriété de leurs concurrents établis. L’encouragement de l’Etat pour les syndicats n'est pas simplement verbal : il consacre 7 millions d'euros à cette campagne, sans que personne n'y trouve rien à redire. Comment ne pas brandir l’étendard du deux poids deux mesures ?
Petit rappel des faits : en janvier 1990, le parlement faisait passer une loi visant à assainir la vie politique, et d’abord sur le plan financier. On plafonnait les dépenses de campagne, on contrôlait les recettes (les entreprise n’étant plus autorisées à financer les partis politiques et les citoyens limitant leur écot). Qui s’en plaindra, au regard des dérives des précédentes décennies! Mais le législateur a, dans sa précipitation, jeté le bébé avec l'eau du bain et interdit les campagnes de communication politique en affichage ou dans les journaux trois mois avant une élection (pour être plus précis " pendant les trois mois précédant le premier jour d’une élection" soit, dans les faits, entre trois et quatre mois). Les partis politiques ont ainsi le droit de communiquer à tout moment dans l'année, sauf à celui décisif de la période électorale. C'est ubuesque. Pour défendre cette loi indéfendable, les caciques prétendent que cette interdiction préserve le principe d'égalité républicaine. A les écouter, elle protège les petits partis ne disposant pas des mêmes moyens que les grands. C’est faux et mensonger. Car le seul moment où les partis politiques, quels qu'ils soient, peuvent être remboursés de leurs frais de campagne, pour peu qu'ils aient obtenu un nombre significatif de voix, c'est justement le temps électoral. Cette pub est donc gratuite. Et voici qu’on les en prive. Nous qui sommes prétendument le pays de Descartes !
Seule la Belgique encadre de pareille façon la communication politique. Avec un détail qui fait une différence de taille : le vote y est obligatoire !
Mais alors, si chacun ou presque s'accorde à reconnaître à la fois l’inanité et l'iniquité de la législation française, pourquoi personne ne s'empare-t-il du sujet pour modifier, d'un amendement ou d’une proposition de loi, l'article 51 de la loi du 15 janvier 1990 ? La peur de l’avancée. Ou plutôt celle du retour de l'argent roi en politique. Alors même qu'une campagne d'affichage coûte souvent moins cher qu'un meeting. Encore un de ces tabous franchouillards à la peau dure et au bras long. Mais un jour, et cela devrait être aujourd’hui, une femme ou un homme politique osera l’évidence et proposera de réformer un texte qui prive notre République d’un des outils de communication à l’efficacité prouvée. Parce que la démocratie le vaut bien.
Signataires, membres du collectif « Démocratie et Communication » :
Jacques Séguéla (Havas)
Nicolas Bordas (TBWA France)
Jean-Luc Mano (Only)
Frank Tapiro (Hémisphère Droit)
Eric Delannoy (Talents Only)
Evelyn Soum (Ailleurs Exactement)
Serge Uzzan (Famous)
Anthony Hamelle (France République)
Frédéric Maillard (FMad)
Hervé Frances (Oko)
Jean-Christophe Adler (Affaires Publiques Consultants)
Marc Vanghelder (Leaders et Opinions)
Violaine Sanson-Tricard (Open)
Bruno Fuchs (Image et Stratégie)
Nina Mitz (Financial Dynamics)
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